Chargement

Tony Amorelli

Tony Amorelli

17 avril 2017

25 Progrès et bonheur

Après quelques semaines d’absence, Maurice Lamier m’a contacté pour m’inviter à une de ses conférences sur le primitivisme. Si on s’était douté un seul instant qu’en le sortant de sa torpeur, il deviendrait un gourou technophobe, je crois qu’on y aurait réfléchi à deux fois. Non seulement il ne nous a été d’aucune utilité, mais en plus, avec tout ce qu’il sait sur nos recherches, il risque de mettre nos activités en péril…

J’étais curieux de savoir ce qu’il allait bien pouvoir raconter.

[…] Technophobes, néo-luddiste, primitivistes, éco-anarchistes ou simplement électrosensibles… Ces différents groupements se développent partout dans le monde. Ils considèrent que la révolution industrielle est néfaste et que sans technologie, les gens seraient plus heureux. […]

[…] Prenons un peu de recul, le 19ème et le 20ème siècle ont connu les plus grandes évolutions technologiques et les plus grands bouleversements au niveau du fonctionnement de la société. […]

[…] On grandit dans une crèche où tout se fait à la chaîne, très vite l’école prend le relai, nous formate, nous bourre le crâne de connaissances inutiles dans le but de sélectionner et de nous habituer à nous plier aux règles sans les contester. On se bat pour obtenir un travail dans lequel les plus optimistes ont l’impression d’être utiles, dans un système ultra hiérarchisé. Les journées sont trop courtes, les nuits aussi… On nous épuise. […]

[…] Tout est connecté, tout doit aller vite, tout est industrialisé et empoisonné: nourriture, vêtements, air… […]

[…] Pendant des siècles voire des millénaires, l’homme a vécu dans la simplicité. […]

[…] Les évolutions ont été lentes, laissant le temps à l’homme de s’adapter. […]

[…] On traverse actuellement une épidémie de maladies physiques et mentale sans précédent. […]

[…] Si le but ultime de la vie est le bonheur, que tout le monde court après et que notre espèce n’a jamais été aussi malheureuse, comment est-il possible de continuer à tout faire pour continuer à s’enliser dans cette spirale ? […]

Il montre des diagrammes, des tableaux, critique les progrès technologiques… De nombreuses personnes applaudissent à chacun de ses arguments ou phrases choc. J’ai vraiment du mal à croire que ce gars est le même que celui qui m’a précédé.

À la fin de la conférence, on se fait accoster par plusieurs « rabatteurs » qui nous vantent les mérites de leurs communautés et nous invitent à les visiter. Certains parlent de constituer une armée pour combattre l’évolution. Maurice vient vers moi en serrant des mains au passage. Il me fixe un instant et me dit une phrase que je ne suis pas sûr de comprendre, je suis pris de court et à peine eu-je le temps de réaliser ce qu’il avait dit, qu’il était déjà reparti faire le tour de son fan club.

Fais de cette réalité celle dans laquelle tu détruis la malle.